La murale Tower of Songs de nuit, réalisée par El Mac et Gene Pendon | Crédit photo : Olivier Bousquet
Et si une murale pouvait faire bien plus que transformer un mur ?
Depuis 20 ans, MU peint Montréal. Mais surtout, MU crée des projets qui prennent racine dans les quartiers, auprès des communautés et avec les artistes qui font vibrer la ville.
Parce qu’une murale avec MU, c’est un quartier qui se reconnaît dans son paysage, des enfants qui réinventent leur cour d’école, des résident·e·s qui s’approprient autrement leur milieu de vie, un espace minéralisé qui devient un véritable lieu de rencontre ou même une œuvre qui inspire directement la conception d’un parc.
Au fil des ans, les interventions de MU ont dépassé le cadre artistique pour avoir de véritables répercussions sociales, communautaires, culturelles et même touristiques.

Réalisation de l’œuvre et résultat final de la murale Cent motifs, un paysage par Annie Hamel | Crédit photos : Olivier Bousquet
À Parc-Extension, une murale qui raconte l’histoire d’un quartier
Avez-vous déjà regardé une murale en vous disant : « Ça, c’est vraiment notre quartier » ?
C’est exactement ce que raconte Cent motifs, un paysage, réalisée par l’artiste Annie Hamel à l’occasion du centenaire du quartier Parc-Extension. Ici, pas question de représenter le quartier à partir d’une seule image. L’artiste choisit plutôt de rassembler une multitude de morceaux : broderies, drapés, étoffes et motifs provenant du Québec, de l’Angleterre, de la Grèce, de la Hongrie, du Guatemala, du Pakistan, du Sri Lanka, d’Haïti et de l’Inde.
À l’image de Parc-Extension, façonné par les migrations et devenu au fil du temps une véritable terre d’accueil, la murale rassemble toutes ces influences pour créer un paysage qui n’existe nulle part ailleurs.
Derrière cette grande composition colorée se cache alors ce message : nous sommes ici, et toutes nos histoires font partie du paysage. L’œuvre est alors devenue un véritable repère pour les résident·e·s du quartier, qui s’y reconnaissent et s’y identifient fortement. Et autour de la murale, MU poursuit cette démarche avec des ateliers proposés aux jeunes de 13 à 17 ans.

La murale Cent motifs, un paysage réalisée par Annie Hamel | Crédit photos : Olivier Bousquet
Aux Habitations Jeanne-Mance, une transformation qui s’écrit au fil des années
Aux Habitations Jeanne-Mance, l’histoire commence en 2009, alors que d’importants travaux de rénovation et de réaménagement transforment progressivement le quartier. MU choisit alors de s’y installer pour de bon et y établit sa maison pendant près de 15 ans.
Cette présence permet de développer une véritable relation avec les résident·e·s. Année après année, MU y propose des ateliers avec les jeunes et les familles, notamment avec GO Jeunesse, et réalise des mosaïques, des murales dans les espaces communs, ainsi que des projets de création avec les jeunes.




Série Les 4 éléments réalisée par Phillip Adams | Crédit photos : Olivier Bousquet
Deux séries de quatre murales, Les 4 saisons et Les 4 éléments, viennent notamment marquer le paysage des Habitations. Réalisées par les artistes anglophones David Guinn et Phillips Adams, elles sont le fruit de plusieurs années de travail dans le quartier, créant des liens qui dépassent largement la réalisation des œuvres.
La transformation ne se mesure donc pas uniquement en nombre de murales : elle se retrouve dans les liens de confiance créés avec les résident·e·s, dans les jeunes qui participent aux ateliers, et dans les espaces communs qui se transforment peu à peu en lieux plus beaux, plus vivants et plus sécuritaires.




Série Les 4 saisons réalisée par Phillip Adams et David Guinn | Crédit photos : Olivier Bousquet
À Verdun, une murale inspire même les architectes !
Voilà une histoire que l’on n’avait peut-être pas vue venir !
Avec Le Marais, les artistes Philippe Allard et Roadsworth travaillent sur une murale destinée à accompagner la transformation d’un terrain vague en îlot de fraîcheur. Leur inspiration ? Les marais et les espèces vulnérables d’ici. L’idée est de faire dialoguer deux écosystèmes : le marais, qui purifie naturellement l’eau, et le futur parc, qui contribuera à rafraîchir et à purifier l’air urbain.
Puis les architectes du parc découvrent la maquette de la murale… et décident de s’en inspirer à leur tour ! Les pastilles de verdure imaginées par les artistes deviennent des nénuphars, tandis que les jeux d’eau prennent la forme de grandes quenouilles. Peu à peu, les éléments de l’œuvre trouvent leur chemin jusque dans le parc.
La murale participe alors directement à la conception du nouvel espace, faisant dialoguer l’art avec l’architecture et l’aménagement urbain.

La murale Le Marais réalisée par Philippe Allard et Roadsworth | Crédit photo : Olivier Bousquet
Dans une cour de Parc-Extension, les enfants ont leur mot à dire
Avec l’œuvre Connexion, MU retourne à Parc-Extension avec une troisième murale qui vient compléter un triptyque consacré à l’apprentissage du français par les personnes nouvellement arrivées au Québec.
Réalisée par Beige Fluo et MC Marquis, en partenariat avec la Fondation pour la langue française, l’œuvre raconte ce qui se passe lorsque la langue devient un pont entre les personnes qui apprennent le français et leur nouvel environnement.
Pour prolonger cette idée de connexion jusque dans le quotidien des enfants qui vivent dans les Habitations, les deux artistes se sont inspirées de leurs idées pour concevoir des jeux qui symbolisent les liens et les rencontres. Ces jeux ont ensuite été peints au sol par l’équipe de MU, en dialogue avec l’œuvre murale.
L’œuvre devient alors un espace à vivre autant qu’à regarder : les enfants peuvent y jouer, la traverser et se l’approprier.

La murale Connexion réalisée par Beige Fluo et MC Marquis | Crédit photos : Olivier Bousquet
Place Boyer : d’un stationnement à un véritable lieu de vie
Vous souvenez-vous de la Place Boyer avant sa transformation ? Il n’y a pas si longtemps, c’était un stationnement municipal. Aujourd’hui, le décor a complètement changé : des arbres, des arbustes, des centaines de végétaux, un jardin de pluie, du mobilier, des brumisateurs, de l’éclairage et un kiosque d’activités occupent désormais l’espace.
Et au-dessus de tout cela se trouve L’Estérel, la murale florale réalisée par Marie-Claude Marquis. Avec cette transformation, le lieu a changé de vocation. On y vient désormais pour s’asseoir, se retrouver, participer à une activité ou profiter d’un concert en été. La murale accompagne ce nouveau rythme en donnant une identité forte à l’espace et en devenant l’un de ses repères familiers.
D’un espace autrefois consacré au stationnement, la Place Boyer est devenue un véritable lieu de rencontre et de vie de quartier.

La murale L’Estérel réalisée par MC Marquis dans son environnement | Crédit photos : Olivier Bousquet
À la Maison Akhwà’tsire, l’art accompagne un nouveau départ
Il y a les projets qui portent en eux une symbolique particulièrement forte.
À la Maison Akhwà’tsire, initiée par Projets autochtones du Québec, un logement permanent est offert à des personnes autochtones en situation d’itinérance. L’artiste Eruoma Awashish y réalise alors deux murales, représentant chacune une forte symbolique : les outardes sont puissantes lorsqu’elles volent ensemble et savent suivre leur chemin vers un climat plus doux.
Pour les personnes qui franchissent les portes de la Maison Akhwà’tsire, cette image prend alors une résonance toute particulière. Elle parle de déplacement, de solidarité, de territoire et de chemin parcouru, mais surtout de la possibilité d’aller vers quelque chose de plus doux.

Une des murales réalisées par Eruoma Awashish à la Maison Akhwà’tsire | Crédit photo : Olivier Bousquet
Pour finir : comment ne pas parler de Leonard Cohen ?
Il y a des murales qui transforment un lieu. Et puis, il y a celles qui finissent par devenir les symboles de toute une ville.
Pour rendre hommage à Leonard Cohen, MU réunit l’artiste américain El Mac et le peintre montréalais Gene Pendon. Ils donnent naissance à une œuvre monumentale, visible depuis le centre-ville, le Mont-Royal et plusieurs autres points de vue de Montréal.
Le visage de Cohen s’impose alors dans le paysage urbain et devient rapidement un point de repère incontournable. Figure emblématique de Montréal, du Québec et du Canada, Leonard Cohen est aussi reconnu à l’international. Sa murale “Tower of songs” est aujourd’hui l’une des plus connues de Montréal et constitue une véritable destination pour les Montréalais·es comme pour les visiteur·euse·s.
La murale fait partie de la collection Les bâtisseurs culturels montréalais, créée par MU en 2010 pour rendre hommage aux artistes qui ont marqué ou inspiré la métropole.

Timelapse de la réalisation de la murale hommage à Leonard Cohen | Crédit photos : Olivier Bousquet
20 ans de transformation, une histoire à la fois
C’est peut-être ça que MU a appris au cours de ces 20 dernières années : l’art public ne se limite jamais à ce qui est peint sur le mur. Il y a ce qui se passe autour. Les liens qui se créent. Des conversations qui commencent. Les enfants qui participent. Les artistes qui s’investissent dans un quartier. Les communautés qui se reconnaissent. Les espaces qui changent de fonction. Les lieux qui deviennent plus vivants, plus accueillants, plus sécuritaires.
Et il y a aussi Montréal elle-même, qui se transforme, se raconte et se fait connaître autrement grâce à ces œuvres.
Jeudi 10 septembre 2026.